Le grand saut d’une enfant de la mondialisation

CHRONIQUE. Oui, nous voulons partir et émigrons. Oui, nous nous construisons et découvrons. Mais notre génération porte en elle ses propres désillusions. Sommes-nous condamnés à vivre le monde tel...

CHRONIQUE. Oui, nous voulons partir et émigrons. Oui, nous nous construisons et découvrons. Mais notre génération porte en elle ses propres désillusions. Sommes-nous condamnés à vivre le monde tel qu’il est ?

 

Pour rappel, la génération Y ce sont les jeunes qui ont entre 20 et 35 ans aujourd’hui (j’en fais partie, d’où l’utilisation du « nous »). Nous avons grandi avec le chômage, le sida et dans la morosité ambiante. On nous appelle aussi «la génération sacrifiée» comme si plus personne ne croyait en nous. Pourtant, on a vécu la révolution numérique, on s’est adaptés et on en a même fait des choses bien (je pense notamment à « Norman fait des vidéos » pour rester franco-française, ou de façon plus vaste, Mark Zuckerberg que l’on connaît tous grâce à Facebook).

Nous sommes des enfants de la mondialisation, c’est pourquoi voyager, s’expatrier et émigrer sont des choses que l’on envisage beaucoup plus facilement que la génération de nos parents.

C’est dire qu’en pleine crise économique en Europe, on cherche à aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. On en renierait presque notre pays pour en idéaliser un autre. Grosse erreur. L’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et autres pays qui nous font rêver, ne sont pas ces eldorados fantasmés.

Pour parler de ce que je connais personnellement, je prendrai pour exemple le Canada et, plus particulièrement, le Québec. Nous, petits frenchies, « envahissons » (oui, c‘est comme ça que l’on est perçus par le Québécois moyen) cette région du Canada. En tous les cas, c’est aussi difficile qu’en Europe de se faire une place. Il faut le savoir.

La plupart des postes qualifiés dans la communication ou les services sont aujourd’hui bien comblés, surtout depuis l’arrivée en masse des jeunes français diplômés du supérieur. C’est pourquoi le Canada vient de mettre en place un volet qui facilite l’immigration pour les métiers ouvriers et manuels, aux compétences techniques et pratiques.

Créer sa propre entreprise ? Cela est également possible en Europe, mais de l’autre côté de l’Atlantique, les possibilités sont plus grandes, étant donné qu’on est proches du pays du « self made man ». Si vous avez un concept et un projet bien définis, on vous donnera facilement les moyens de le réaliser. Faut-il encore avoir un visa ou sa résidence permanente dans le pays…

Or on ne le dit pas assez, mais le Québec est de plus en plus strict sur les visas et réduit petit à petit les quotas. Les entreprises ne veulent plus sponsoriser un candidat, car les procédures sont devenues trop longues et fastidieuses. Les Jeunes Pros (visa fermé, lié à une entreprise) sont désormais soumis à des quotas. Seuls les PVT (permis vacances-travail, visa ouvert) ont vu leur durée prolongée de 1 à 2 ans. Mais à quel prix ? Une fois expiré, impossible de renouveler son visa ou d’avoir accès au Jeune Pro. Il ne reste alors qu’une seule possibilité : demander une résidence permanente. Dans ce cas, il faudra être très patient et avoir déjà économisé.

Bien sûr, on peut obtenir la vie dont on rêvait, mais avec beaucoup d’efforts. Parce que même si on parle français au Québec, la mentalité reste très nord-américaine ; il n’y a de place que pour les battants.

Bref, je ne saurais trop recommander de bien y réfléchir à deux fois avant de partir refaire sa vie à l’étranger, et surtout, de bien se renseigner sur ce nouveau pays que l’on veut faire sien (histoire, politique, économie, marché du travail). Ce qu’en général on ne fait pas vraiment, pour être honnête. On part juste les valises pleines de rêves, de grandeurs et d’illusions.

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TOTEM & TABOU (#chroniques)

Rédactrice. Je vis à Montréal où je travaille dans la com'. Je suis diplomée en Lettres modernes et publicité. Mon rêve ? Créer ma boite de pub et relations publiques. #expériences #photos

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