Voyage dans l’histoire du cinéma américain avec Paul Auster 

CRITIQUE. Le Livre des illusions, paru chez Actes Sud en 2002 (381 pages), est un périple dans l’histoire du cinéma américain où l’aventure humaine entre les personnages fait écho...

CRITIQUE. Le Livre des illusions, paru chez Actes Sud en 2002 (381 pages), est un périple dans l’histoire du cinéma américain où l’aventure humaine entre les personnages fait écho à la vie de son auteur. 

 

David Zimmer, universitaire et écrivain respecté, voit sa vie basculer le 7 juin 1986 : sa femme Helen et ses deux garçons, Todd et Marco, disparaissent dans un accident d’avion. Occupé par des corrections de copies, il n’en est pas moins inconsolable et s’enferme dans l’alcool, perdant son cœur et sa raison dans le réconfort quotidien d’une demi-bouteille de whisky. Cependant, il lui suffit d’un rien, ou peut-être du hasard, pour être rappelé à la vie.

Le hasard comme trame de l’existence

Pour Paul Auster, le hasard déploie et donne sa pleine mesure à l’existence. En effet, la vie de l’auteur débute comme un roman, avec un fort accent de tragédie, que la bonne fortune transforme en épopée. Juif new-yorkais, de classe moyenne, Auster est pris d’une passion pour la littérature qui l’emmène de l’autre côté de l’Atlantique dans le Paris des années 1960 en tant qu’étudiant de Columbia University.

Très tôt en contact avec le milieu littéraire et cinématographique, il mettra pourtant du temps à gagner l’estime générale. Entre difficultés financières et conjugales – il se confie dans La Solitude du labyrinthe (Actes Sud, 1999), somptueux entretien avec le journaliste Gérard de Cortanze –, le destin, ou encore le hasard, le conduit à exercer de nombreux métiers et effectuer d’incessants voyages pour subsister : traducteur, ouvrier sur un pétrolier, gardien de maison.

Le salut par l’art

À l’issue de cette longue errance, c’est l’écriture, toujours elle, qui sauve Auster de la fatalité. Cette solitude absolue de l’homme au milieu de la multitude, Auster la transpose et la distille admirablement dans Le Livre des illusions.

Au détour d’un programme à la télévision, son personnage, David Zimmer, découvre un film muet qui le fait rire à nouveau depuis de longs mois. Hector Mann, l’acteur en costume blanc, le tire de sa déchéance : une rédemption s’engage alors par l’écriture d’une biographie sur cette figure du 7ème art des années 1920, disparue mystérieusement au sommet de sa gloire. Le succès de l’ouvrage le réconforte et le guérit progressivement, lui inspirant de nouveaux projets. Les deux vies se confondant, Zimmer apprend finalement qu’Hector Mann veut le rencontrer, avant de mourir, pour une ultime confession.

La part d’illusion de la vie

Le Livre des illusions est une œuvre liquide et mystérieuse, dans laquelle le lecteur croit se voir et se perd dès qu’il pense reconnaître une part de lui-même. Dans ce livre psychanalytique pour certains mais avant tout mystique, le romancier met en scène cette invisible circularité du vivant, à travers un jeu de narration décousu, fait de détours et de retours, de reflets et d’apparitions qui présentent ainsi le sujet sous des angles singuliers et révélateurs. Alors métaphysicien, magicien ou spirituel cet Auster ? Un peu de chaque.

Le style resserré et épuré du romancier facilite la compréhension du texte. Il se conjugue à une architecture basée sur un habile enchevêtrement d’histoires annexes, qui sublime la mise en abyme où les narrateurs principaux s’animent – tantôt Mann, tantôt Zimmer : autant de pièces d’un puzzle à remettre en place, contrastant avec le caractère prévisible du dénouement. Un grand titre donc, par son volume et son inoubliable odyssée.

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Rédacteur. Je suis professeur de français dans un collége-lycée parisien et doctorant en littérature comparée à l'université Paris-Sorbonne. #littérature #cinéma

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