La drogue c’est mal mais un peu sacré aussi

CHRONIQUE. Notre génération vit entourée de drogues et beaucoup s’y essaient. Description d’un tabou devenu un totem de nos sociétés libérales.

CHRONIQUE. Notre génération vit entourée de drogues et beaucoup s’y essaient. Description d’un tabou devenu un totem de nos sociétés libérales.

 

La drogue, c’est mal ! Oui, ça va, on connaît tous la morale…

Pourtant, elle est depuis longtemps présente sous différentes formes. Elle faisait partie du processus créatif pour certains poètes du XIXème siècle (opium, absinthe…). Elle était même, à l’époque de nos parents, dans les 70’s, une valeur « peace and love » (weed, ecstasy…).

Aujourd’hui, ça serait la MDMA (stimulant du système nerveux avec des effets psychotropes), qui ne va jamais sans sa meilleure copine, la bouteille d’eau. Elles font partie de la panoplie du hipster.

Quelques trentenaires, ados attardés qui ne veulent pas grandir, s’y essaient pour le grand frisson, ou pour retrouver un instant cette jeunesse qui s’enfuit déjà.

Mais ce sont surtout les plus jeunes, comme mes amis et moi, qui testent différentes drogues. On participe aux festivals en vogue : eux aussi sont devenus très à la mode – sortes de Woodstock des temps modernes un peu plus trash, propices à la consommation de substances illicites. Les organisateurs ont même leurs propres dealers à l’intérieur. Le but, il ne faut jamais l’oublier, c’est d’être rentable. Et la drogue, ça paie bien. Donc, à l’entrée, on nous fouille pour qu’aucune drogue extérieure ne passe. C’est de la sécurité. Tout est relatif.

Alors, un brin excessifs, un brin écorchés vifs, on essaie tout. On tente. Pourquoi pas après tout ! On n’a rien à perdre. Sauf la vie.

Bien sûr, électro, minimal, techno et autres sons hipsters sont de mise et s’ajoutent au cocktail, tout comme l’alcool et la fumette. Mais bon, c’est moins grave ça, non ?

Boire régulièrement est dédramatisé, c’est une pratique mondaine et classique (ce qu’on sait moins, c’est que l’alcool agit sur le cerveau comme une drogue dure). Et on fume un joint comme on fume une clope. Une cigarette encore plus chère. Si personne ne dit rien, c’est que l’on peut continuer tranquillement… En plus, l’herbe commence à être légalisée un peu partout dans le monde, même aux Etats-Unis !

Alors, un brin excessifs, un brin écorchés vifs, on essaie tout. On tente. Pourquoi pas après tout ! On n’a rien à perdre. Sauf la vie. On se laisse entraîner. Ça ne semble pas si mauvais au fond. On se sent bien (hormis la mâchoire qui serre et les yeux qui révulsent) et rempli d’amour. On oublie le reste (chômage, sida, crise…). Un instant furtif.

Oui, furtif. Car sous Love Drug (du petit nom affectifde la MDMA), le temps passe très vite. D’ailleurs, c’est presque une excuse pour recommencer. Essayer d’autres choses, explorer des sensations différentes qui nous donnent l’illusion d’être vivant. Alors on prend des buvards (LSD), des pills, des champis, ce qu’on trouve. On ne sait pas trop ce qu’il y a dedans, ni les effets produits, mais on y va, sans se poser de questions.

D’un tabou – un interdit –, la drogue est devenue un totem – un objet « sacralisé ». Ne pas vouloir en prendre vous rend « chiant et pas cool » aux yeux de la majorité.

Et puis, on finit par se lasser. Le corps ne suit plus, ni la tête. On a fait le tour, c’était sympa, mais ça n’a plus rien d’amusant. Surtout le lundi matin au bureau, avec le teint gris, un mal de dos infernal et une irritabilité latente. Ça, c’est la descente. Elle peut durer plusieurs jours. À ce moment-là, on est comme un zombi, entre la vie et la mort. C’est elle, la descente, qui nous retient d’en prendre plus souvent et d’en mourir. Et la vieillesse aussi.

Pour ceux qui commencent vers 16 ans, la drogue n’a plus rien de tabou, bien au contraire. Elle serait presque banale. Elle fait partie des week-ends. Mais si jeune, on a beaucoup moins de limites, on ne se connait pas encore vraiment. Et le cerveau n’est pas complètement formé.

D’un tabou – un interdit –, la drogue est devenue un totem – un objet « sacralisé ». Ne pas vouloir en prendre vous rend « chiant et pas cool » aux yeux de la majorité. Vous serez vite mis de côté si vous ne vous y essayez pas. Il faudrait même s’en justifier… Un comble ! On a intérêt à mûrir vite dans nos sociétés.

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TOTEM & TABOU (#chroniques)

Rédactrice. Je vis à Montréal où je travaille dans la com'. Je suis diplomée en Lettres modernes et publicité. Mon rêve ? Créer ma boite de pub et relations publiques. #expériences #photos

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