DOSSIER DJIHADISME : Le rôle de l’islamisme en débat (3/5)

SYNTHÈSE. Pour certains experts, le religieux est au cœur de l’idéologie djihadiste tandis que, pour d’autres, il en est absent. Beaucoup pensent que la fermeture des mosquées ne freinera...
Un djihadiste du groupe État islamique

SYNTHÈSE. Pour certains experts, le religieux est au cœur de l’idéologie djihadiste tandis que, pour d’autres, il en est absent. Beaucoup pensent que la fermeture des mosquées ne freinera pas le phénomène mais d’autres soulignent les liens entre salafisme et djihadisme. Tentons de faire le point.

 

1449111862

 

Les djihadistes n’étaient pas des fondamentalistes

D’abord, un fait. Contrairement aux affirmations du Premier Ministre, Manuel Valls, de juin dernier, qui considère que le salafisme est « souvent l’antichambre de la radicalisation », la très grande majorité des djihadistes français n’étaient pas des salafistes. D’ailleurs, la mosquée ou la salle de prière ne sont plus le lieu privilégié du recrutement : les fermer ne résoudra rien aux yeux du politologue Olivier Roy ou du sociologue Samir Amghar. Pour autant, le salafisme, prêché dans certaines d’entre-elles, peut-il conduire à la radicalisation et au djihadisme ?

Le salafisme quiétiste, chemin vers le djihadisme ou rempart ?

Certains spécialistes, comme l’ancien haut-fonctionnaire du ministère de la Défense Pierre Conesa ou Samir Amghar, estiment que des passerelles existent entre salafisme et djihadisme. En effet, établir une séparation nette entre les « purs » et les « impurs » crée un climat propice à la radicalisation. D’autres, à l’instar du sociologue Raphael Liogier, pensent au contraire que les salafistes piétistes représentent un rempart contre le djihadisme. Ces derniers sont opposés à toute action politique, qui plus est violente.

Toujours est-il qu’il existe quelques contre-exemples ou zones d’ombre chez certains djihadistes : Omar Mostefai, l’un des kamikazes du 13 novembre, semble s’être d’abord islamisé à Chartres ; Yassin Salhi, qui a tenté de faire exploser une usine de l’Isère après avoir décapité son patron, semble être passé du salafisme piétiste au djihadisme, tout comme David Drugeon ou encore la filière d’Artigat, avec à sa tête Olivier Corel, surnommé « l’émir blanc ». De plus, les frontières sont parfois très floues à l’image de la famille Merah.

Quelle est la part du religieux dans l’idéologie djihadiste ?

Si personne ne nie l’instrumentalisation de l’islam par le djihadisme, les opinions varient sur l’importance de l’élément religieux dans l’idéologie djihadiste. Finalement, celle-ci est-elle encore fondamentalement religieuse ? L’anthropologue Alain Bertho et Olivier Roy soutiennent que ce n’est pas « l’islam qui radicalise » mais « la radicalité qui s’islamise ». Coupant court à une vision culturaliste et essentialiste qui voudrait que l’islam soit par nature violent, l’islam n’est à leurs yeux que l’arbre qui cache la forêt. Car les ressorts de l’idéologie djihadiste ne sont pas religieux : conflit de génération, déculturation, nihilisme pour Olivier Roy ou bien échec de l’intégration, héritage du passé colonial, politique occidentale dans le monde musulman pour le politologue François Burgat.

En poussant cette logique jusqu’à son terme, Raphael Liogier parle d’un « djihadisme sans islam » en niant tout aspect idéologique pour insister sur le rôle de « l’héroïsation » et de la ritualisation. Le fondamentalisme ne serait qu’une posture. Cependant, Samir Amghar considère que le djihadisme n’est pas déconnecté du religieux et, de manière beaucoup plus tranchée, le philosophe Marcel Gauchet invite les sécularisés et laïcs que nous sommes à prendre le religieux « au sérieux » et à ne pas voir qu’un habillage dans la référence religieuse. Un débat similaire interroge la nature même du groupe État islamique. Dans une interview pour RESET, le philosophe et rhétoricien Philippe-Joseph Salazar affirme que « l’ambition du Califat est de reconstituer un peuple de Dieu ».

Si le rôle attribué à l’idéologie islamiste est déterminante dans la conception des programmes dits de déradicalisation ou de contre-radicalisation, l’existence de plusieurs profils-types de djihadistes permet de dépasser en partie ce débat.

 

Sommaire du dossier :

1. Un phénomène sans précédent

2. Le processus de l’engagement djihadiste

3. Le rôle de l’islamisme en débat

4. Quels sont les profils-types ?

5. Le terrorisme djihadiste en France

Categories
DOSSIER DJIHADISME

Fondateur et directeur de RESET Webzine. Ancien chargé de projets Médias au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM), je suis journaliste indépendant et travaille comme attaché de production à RFI. Je posséde un Master d'histoire contemporaine de l'université Paris-Sorbonne et un DESS de journalisme de l'université de Montréal. #international #Moyen-Orient

Vous aimerez aussi