DOSSIER DJIHADISME : Le terrorisme djihadiste en France (5/5)

La France n’aura connu pas moins de 10 attentats ou tentatives d’attentats sur son sol en 2015. Comment cette troisième génération de terroristes djihadistes opère-t-elle ? Voici quelques éléments de...
Un djihadiste du groupe État islamique

La France n’aura connu pas moins de 10 attentats ou tentatives d’attentats sur son sol en 2015. Comment cette troisième génération de terroristes djihadistes opère-t-elle ? Voici quelques éléments de réponse.

 

Le terrorisme est une technique de guérilla au service d’une idéologie extrémiste. Il a pour but de créer un sentiment d’insécurité, de terreur, de division sociale. Le terrorisme a la particularité de toucher un nombre relativement limité de personnes, en comparaison avec une guerre régulière, tout en produisant des effets psychologiques à long terme tout aussi importants, sinon plus.

Cible et mode opératoire

Les attentats commis par Mohamed Merah en 2012 et ceux de janvier 2015 semblent être l’exception plutôt que la règle. En effet, le terrorisme ne vise pas uniquement des individus ciblés (une communauté, des représentants de l’État, des caricaturistes etc.…) mais la population civile de manière indifférenciée et aveugle, comme cela fut le cas lors de l’attentat en 1995 contre le RER B à Saint-Michel. De même, si les attentats du 13 novembre 2015 constituent les premiers attentats-suicides en France, les attentats de Londres en 2005 étaient le fait de kamikazes. Les djihadistes suivent la stratégie militaire dite des « milles entrailles » : faute de pouvoir porter un coup fatal à l’ennemi, on lui inflige de nombreuses petites blessures qui finiront par l’achever.

Rappelons également que le terrorisme djihadiste touche avant tout les pays musulmans. A la différence d’Al-Qaida qui vise en priorité « l’ennemi lointain », Daech combat aussi bien les « infidèles » dans les pays occidentaux qu’au Moyen-Orient ou en Afrique. L’Europe est d’ailleurs considérée comme le « ventre mou » de l’Occident.

L’ancien modèle du recrutement

D’aucuns reprochent aux services de renseignement d’être restés trop longtemps focalisés sur l’ancien modèle de recrutement, type Al-Qaida des années 90 ou début des années 2000. Or, la figure du fondamentaliste fanatisé n’est plus celle du djihadiste contemporain de la guerre syrienne. Alors choisie, la recrue potentielle est approchée clandestinement dans une mosquée ou une salle de prière. Ensuite, le candidat doit faire la preuve d’une véritable démarche théologique et suivre un endoctrinement religieux, souvent à l’étranger. Enfin, suit un entraînement militaire aux techniques terroristes. Les Occidentaux n’ont aucune chance d’intégrer l’appareil central de l’organisation fermée et sur ses gardes. Par ailleurs, la route vers les théâtres d’opération est longue et difficile.

Militarisation, amateurisme et dissimulation

Il y a un paradoxe dans la forme contemporaine du terrorisme djihadiste : en dépit de sa militarisation (arsenal de guerre, opération type commando, microcellules de combattants), les djihadistes ne sont pas les « professionnels » des anciennes filières. C’est ainsi que s’expliquent les opérations ratées depuis janvier dernier, invalidant certaines théories complotistes. En effet, les nouveaux terroristes ne sont pas les preneurs d’ordre ou les exécutants d’une organisation pyramidale et hiérarchisée type Al-Qaida, ayant reçu un entraînement militaire spécifique. Si des membres de l’appareil central de Daech commanditent, préparent et même coordonnent des attentats, tous les terroristes djihadistes n’ont pas de liens directs et structurels avec l’appareil central. Ainsi, le passage à l’acte peut donner lieu à une grande part d’improvisation et de spontanéité.

En outre, les distinctions classiques entre djihadistes partis au Moyen-Orient et djihadistes de l’intérieur d’une part, et entre un djihad territorialisé et déterritorialisé d’autre part, sont rendues inopérantes par la structure réticulaire, sous forme de réseau, propre à Daech.

Enfin, les djihadistes adoptent une stratégie de la dissimulation (héritée des chiites, la taqiya), qui ne les conduit pas nécessairement à une rupture brutale avec leur environnement. Il est tout à fait exclu d’arborer la longue robe, la calotte et la barbe des salafistes piétistes, qu’ils rejettent de toute façon.

Les filières djihadistes : un si petit monde

Parmi les djihadistes ayant commis des attentats sur le sol français, il y a une surreprésentation du jeune délinquant devenu djihadiste, issu de la banlieue ou des quartiers populaires de centre-ville, appartenant à la deuxième ou troisième génération de l’immigration arabo-musulmane. Selon Farhad Khosrokhavar, ces individus empruntent un parcours similaire : scolarité chaotique, basculement dans la délinquance, prison et récidive pour certains, voyage guerrier initiatique à l’étranger et réislamisation en rupture avec l’islam traditionnel de leurs parents. Néanmoins, il faut signaler la présence de convertis au sein des filières, à l’instar des Frères Clain ou de Thomas Barnouin.

Si selon un rapport du Sénat d’avril dernier, la moitié des djihadistes présents sur le terrain syro-irakien est totalement inconnue des services de sécurité, le profil des auteurs des attentats terroristes en France démontre des liens très étroits entre djihadisme et grand banditisme. Enfin, les filières sont très poreuses entre elles : elles associent les anciennes générations (Afghanistan, GIA, Al-Qaida) à celle de Daech.

 

filieres

 

Sommaire du dossier :

1. Un phénomène sans précédent

2. Le processus de l’engagement djihadiste

3. Le rôle de l’islamisme en débat

4. Quels sont les profils-types ?

5. Le terrorisme djihadiste en France

Categories
DOSSIER DJIHADISME

Fondateur et directeur de RESET Webzine. Ancien chargé de projets Médias au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM), je suis journaliste indépendant et travaille comme attaché de production à RFI. Je posséde un Master d'histoire contemporaine de l'université Paris-Sorbonne et un DESS de journalisme de l'université de Montréal. #international #Moyen-Orient

Vous aimerez aussi