La sodomie : parlons-en !

CHRONIQUE. On ne parle pas encore librement de la sodomie. Pourquoi est-elle encore taboue ? Car associée à l'homosexualité et au sale, répond Audrey.
Hermaphrodite endormie, copie romaine d’un original grec, IIe siècle ap. J-C, Musée du Louvre, Paris

CHRONIQUE. On ne parle pas encore librement de la sodomie. Pourquoi est-elle encore taboue ? Car associée à l’homosexualité et au sale, répond Audrey.  

 

Je me suis beaucoup demandée si ce n’était pas trop osé ou inapproprié pour ma chronique.

Ce mot est très évocateur. On dirait un gros mot ou même une insulte.

Entre l’hétéro qui cherche le ton juste pour en parler avec sa copine, la fille qui ne pense qu’à la douleur, un bon tiers qui l’associera à des connotations négatives (pédophile, fissure anale, pratique SM et j’en passe…), et enfin, le gay qui trouvera un article qui parle de lui, la sodomie ne fait pas l’unanimité. Mais c’est décidé, parlons-en !

Aujourd’hui on entend des termes comme « pipe », « levrette », « partouze » à tout va, dans des conversations mondaines ou non, au milieu du déjeuner ou en soirée, entre jeunes ou plus vieux. La sexualité est omniprésente. Mais peu ose parler librement de la sodomie.

Bien sûr, les gays s’y adonnent dans leurs parties de jambes en l’air et ils ne se cachent plus (du moins, je l’espère). Mais on n’aborde pas leur sexualité en public.

« Pourquoi la sodomie ne serait-elle réservée qu’aux gays ? Se faire pénétrer ou titiller le bouton rose n’est pas synonyme d’homosexualité ! C’est là qu’est l’amalgame ».

Pourtant, la sodomie fait partie de nos mœurs.

Un soir après le repas, alors que je confiais à ma petite sœur le sujet de ma dernière chronique (celle-ci même), elle me raconta ce qui lui était arrivée la veille. Son « plan cul » du moment lui demanda de but en blanc de la prendre par derrière. Bref, de la sodomiser.

J’étais alors curieuse de sa réponse qui ne se fit pas attendre : « Je lui ai lancé : « Pourquoi pas, mais alors je te mets un doigt dans le cul ! » ».

Inutile de dire que son amant n’a pas tenté de relever ce défi ! Malgré tout, elle a quand même voulu expérimenter avec lui la sodomie. Selon elle, il faut être curieux, ouvert d’esprit et se faire sa propre idée. Pourquoi ne pas essayer avant de dire « je n’aime pas » ? Ce que j’approuve.

Mais j’ajouterai aussi que l’expérience vaut bien d’être partagée à deux et de manière réciproque. C’est plus jouissif et cela brise le tabou.

Si la sodomie excite autant les hommes, c’est peut-être qu’inconsciemment ils veulent qu’on leur fasse… Ont-ils peur d’aimer ça ? Vraisemblablement, ils passeraient à côté de puissants orgasmes… Et voir son homme jouir grâce à soi, n’est-ce pas tout aussi excitant qu’un très bon cunnilingus ?

En effet, pourquoi la sodomie ne serait-elle réservée qu’aux gays ? Se faire pénétrer ou titiller le bouton rose n’est pas synonyme d’homosexualité ! C’est là qu’est l’amalgame. Les hommes ont encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine.

« Cet acte est associé au sale et à une zone du corps « dégradé » ou « inférieure ». Parler de sodomie reviendrait à parler d’excréments. Tout part de là finalement ».

Mais ce tabou est ancestral. Sauf, chez les Grecs, où la sodomie était considérée comme l’acte suprême, à condition de jouer le rôle de l’actif. Au Moyen-Age, la sodomie est perçue comme un acte contre nature car ne permettant pas la reproduction. Il faut dire que, même plus récemment, la littérature érotique, et en particulier le Marquis de Sade, l’évoquent de manière assez péjorative et vulgaire.

Au-delà des interdits culturels ou religieux, cet acte est associé au sale et à une zone du corps « dégradé » ou « inférieure ». Parler de sodomie reviendrait à parler d’excréments. Tout part de là finalement. Or, une zone érogène est stimulée lorsque l’on défèque. C’est ce que Freud appelle le stade anal. On en prend conscience vers l’âge de 3 ans, quand on commence à devenir propre.

Alors, de quoi parle-t-on ? D’une pratique sexuelle comme une autre, qui donne du plaisir. S’il y a consentement et amour, pourquoi ne pas se servir de toutes nos zones érogènes, hommes compris ?

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TOTEM & TABOU (#chroniques)

Rédactrice. Je vis à Montréal où je travaille dans la com'. Je suis diplomée en Lettres modernes et publicité. Mon rêve ? Créer ma boite de pub et relations publiques. #expériences #photos

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