Panne à gauche dans les économies atones d’Amérique latine

ANALYSE. Au cours des derniers mois, les gouvernements de gauche du Venezuela, d’Argentine et du Brésil perdent le pouvoir ou rencontrent de très sérieuses résistances auprès de l’électorat. Face...
L'ancien président vénézuélien Hugo Chávez et la présidente brésilienne Dilma Rousseff en 2011.

ANALYSE. Au cours des derniers mois, les gouvernements de gauche du Venezuela, d’Argentine et du Brésil perdent le pouvoir ou rencontrent de très sérieuses résistances auprès de l’électorat. Face à une Amérique latine de l’Ouest aux économies dynamiques (Mexique, Colombie, Pérou, Chili), l’Amérique latine de l’Est des économies en grande difficulté, depuis le tournant du siècle, peut-elle espérer un redressement économique ?

 

Pour ceux qui croient aux vertus de l’alternance démocratique, un cycle semble vouloir arriver à son terme. Que l’on accueille ces changements avec consternation ou espoirs, c’est au moins un signe fort que les institutions démocratiques sont robustes ; le calendrier électoral est respecté et la fraude électorale rapportée n’entache pas sérieusement la validité des résultats.

L’alternance politique en marche

Au Venezuela, une coalition disparate de droite (M.U.D.) a remporté avec 99 sièges sur 167, une nette majorité aux élections législatives. Les élections à la Présidence n’auront lieu qu’en 2019. La gauche bolivarienne est au pouvoir depuis l’élection de Hugo Chavez en 1999. Les revenus du pétrole, qui constituent plus de 90 % des revenus du pays, ont soutenu des politiques, autant populistes que partisanes, de redistribution. La disparition de Chavez et la baisse des prix du pétrole ont affaibli le pouvoir. L’inflation dépasse les 200 %, le contrôle des prix de certains produits a provoqué des pénuries.

Pour ceux qui croient aux vertus de l’alternance démocratique un cycle semble vouloir arriver à son terme. Que l’on accueille ces changements avec consternation ou espoirs, c’est au moins un signe fort que les institutions démocratiques sont robustes.

En Argentine, c’est la chute des prix des matières premières qui a réduit les revenus d’exportations. La Présidente Cristina Fernandez de Kirchner a succédé à son mari Nestor Kirchner. Mauricio Macri, à la tête d’une coalition de droite l’a emporté par une faible majorité (51,3 %) devant le candidat soutenu par la Présidente, Daniel Scioli.  Les Kirschner auront gouverné l’Argentine pendant 12 ans. Des enquêtes non-officielles rapportent que l’inflation est supérieure à 25 %, le contrôle des changes a provoqué le retour du marché noir et les coffres de la nation sont vides.

Au Brésil, la popularité de la Présidente Dilma Roussef, ré-élue en 2014, ne reçoit plus que 10 % d’appuis dans les sondages. La coalition gouvernementale – qui réunit 9 partis – est affaiblie par des conflits, les scandales de corruption qui se succèdent minent la confiance et l’opposition, impatiente d’assurer la relève, fait de son mieux pour augmenter les tensions. Une procédure de destitution de la Présidente a été engagée par le Congrès

Usure de la gauche plus que victoire de la droite

Donc, malgré des victoires très significatives, notamment en Argentine et au Venezuela, un examen plus attentif des résultats montrent que c’est moins la droite, souvent fragmentée qui l’emporte, que la gauche qui perd du terrain. C’est dire qu’il faut moins chercher les raisons des victoires de la droite dans un projet politique mobilisateur que dans l’usure du pouvoir et une conjoncture économique qui, de manière alarmante, prend des allures de crise.

Donc, malgré des victoires très significatives, notamment en Argentine et au Venezuela, un examen plus attentif des résultats montrent que c’est moins la droite, souvent fragmentée qui l’emporte, que la gauche qui perd du terrain.

Cette crise économique se manifeste par une baisse généralisée des revenus provoqués par la dévaluation des monnaies, l’augmentation du chômage et le retour de l’inflation, l’augmentation du déficit public et de la dette. La classe moyenne émergente, inquiète de la pérennité des acquis, rejoint alors les partis de droite.

Des défis économiques colossaux

La situation économique est des plus préoccupante. Les prévisions pour 2015 annoncent une contraction du PIB de -7 % au Venezuela, de -3 % au Brésil et une faible croissance de 1 % en Argentine.

Au Venezuela, le chaos menace et la reconstruction du marché ne pourra être entreprise que suite à une augmentation des revenus qui ne se produira qu’au lendemain de la hausse du prix du pétrole dont le pays est plus dépendant que jamais.

Les tensions sont vives et le jeu politique est brutal. Les compromis viendront avec le retour de la croissance. Il faut donc s’attendre à de long mois d’affrontements stériles.

En Argentine, les interventions à répétition du gouvernement dans les marchés et la manipulation des indicateurs de performance économique ont miné la confiance. La reprise attendra les réformes et le rétablissement du crédit international, indispensable à toute expansion du commerce.

Au Brésil, la Présidente a perdu le soutien de sa coalition au Congrès et ne peut envisager faire adopter les réformes – comme retarder l’âge de la retraite aujourd’hui fixé à 55 ans – qui permettraient de dégager la marge budgétaire nécessaire à la relance.

Les tensions sont vives et le jeu politique est brutal. Les compromis viendront avec le retour de la croissance. Il faut donc s’attendre à de long mois d’affrontements stériles.

 

Par Philippe Faucher, professeur associé au département de science politique de l’Université de Montréal et chercheur au Centre d’Études et de Recherches Internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), spécialiste d’économie politique de l’Amérique latine

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Philippe Faucher est professeur associé au département de science politique de l’Université de Montréal et chercheur au Centre d’Études et de Recherches Internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), spécialiste d’économie politique de l’Amérique latine

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